/ Autogestion

L'autogestion, un chemin plutôt qu'un but à atteindre ?

Tester les limites

Depuis tout petit, j’ai aimé être indépendant et choisir ce que je veux faire. Quand j’avais 4 ans ma phrase préférée c’était “z’ai pas envie”. À partir de là, dans ma scolarité, j’ai pris gout à confronter l’autorité, la remettre en question, tester ses limites jusqu’à parfois les dépasser et en ressentir les conséquences: punitions, restrictions, mauvaises notes...

Ces règles qui m’étaient imposées étaient d’autant plus faciles à enfreindre que je n’avais pas participé à les mettre en place. J’ai donc grandi avec le sentiment que tout système possèderait forcément des règles imposées et immuables, que ce soit dans mes études, au travail ou au sein d’une société.

En rejoignant Octree, notre lean startup studio fonctionnant en Holacracy, j'ai découvert une autre façon de travailler.


Hola-quoi ?

L’Holacracy est un système de management distribué où la gouvernance - la manière de gouverner un domaine d’activité - est réglée par une constitution. ‌‌Le concept est formalisé en 2007 par Brian Robertson après 5 ans de développement au sein de son entreprise de production de logiciels (Ternary Software). En grande partie inspirée de la sociocratie qui partage de nombreux points communs, Holacracy est maintenant aussi une entreprise spécialisée dans le changement organisationnel. La méthode reste toutefois en accès libre.

Octree a adopté ce système depuis 2018. Chaque membre d'Octree possède un rôle avec des domaines qu’il ou elle est seul à pouvoir contrôler et règlementer, bien que tous les membres progressent vers une raison d’être commune. Dans le cas d’Octree il s’agit de Créer un cercle vertueux entre la société et la technologie au profit de l’Humain (ce dernier représentant des valeurs écologiques, sociales et solidaires).

Cette gouvernance permet entre autres de créer ou modifier des rôles et domaines existants. L’Holacracy se veut donc itérative, avec des mécanismes permettant de modifier régulièrement le système mis en place.

Ainsi, le but n’est pas toujours de trouver la meilleure décision, mais de rapidement prendre de petites décisions qui permettent de faire progresser l’organisation vers sa raison d’être.

Un système ouvert

Quand il devient possible de changer les règles, se plaindre ou remettre la faute sur quelqu’un n’a plus vraiment de sens. Si je ne suis pas content d’une manière de faire, c’est non seulement ma responsabilité de l’exprimer, mais surtout de proposer un plan d’action visant à améliorer la situation.

Si personne n'y voit d’inconvénient majeur, je peux aller de l’avant avec ma décision. Il n'y a pas de système de vote à la majorité, mais chacun des membres doit donner son avis en considérant sérieusement la décision et la personne prenant la décision a le devoir de les écouter.

  • ☀️ Cela offre la possibilité d'être authentique et de se tourner vers l'intérieur pour proposer des actions concrètes à l'écoute des besoins de tous.
  • ✊ On passe d'un mode de réflexion à un mode d'action.

En Holacracy, on préfère implémenter un petit changement et revenir en arrière en cas d'échec plutôt que de passer trop longtemps à théoriser la meilleure manière de faire et de continuer à s'y attacher lorsque la réalité objecte. Après tout, c'est en faisant des erreurs qu'on apprend le mieux.‌‌‌‌

Dans les systèmes que j’ai connus jusqu’alors, il était commun de se plaindre du travail et de remettre la faute sur quelqu’un d’autre, que ce soit son patron, telle ou tel collègue ou encore des politiques mises en place dans l’entreprise.

Dans son livre "Reinventing Organizations", Frédéric Laloux dépeint 7 stades de développement de la conscience humaine et les met en relation avec différents types d'organisations.

Avoir la possibilité de changer les règles du jeu place une part de responsabilité qui est parfois plus difficile à gérer que lorsque les règles sont imposées par une entité extérieure.

Le pouvoir et l'autorité deviennent alors un moteur de changement plutôt que des forces antagonistes allant à l'encontre de la liberté.

Apprendre les règles du jeu

Cependant, pour pouvoir le faire, il est important de bien connaitre et comprendre les bases de la constitution. Sans quoi, il n’est pas possible d'avancer. Imaginez simplement jouer à un jeu sans en connaitre les règles contre des personnes qui les connaissent en profondeur.
Fort heureusement, en Holacracy, on ne joue pas contre, mais ensemble, ce qui pousse chacun des membres à s'entre-aider et combler les lacunes collectives.

En repensant à mon moi de 4 ans, je me dis que ce qui le dérangeait, ce n'était peut-être pas les règles, mais le fait de ne pas avoir eu son mot à dire. Peut-être que si j'avais pu participer à leur élaboration, ma phrase favorite n'aurait pas été "z'ai pas envie" mais "z'ai envie".

Edouard pour Octree

Edouard a rejoint l'équipe d'Octree en novembre 2021 pour pratiquer l'UX design et la recherche utilisateur.